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Paris. Salle Pleyel. 19-III-2012. Béla Bartók (1881-1945): Chansons paysannes hongroises pour orchestre; Concerto pour piano et orchestre n°2 Sz. 95; Franz Schubert (1797-1828): Symphonie n°9 en do majeur D 994. Dezsö Ránki, piano. Budapest Festival Orchestra, direction: Iván Fischer.

Parmi les guest stars fidèles de la Salle Pleyel, on compte l’Orchestre du Festival de Budapest et son chef Iván Fischer. Avec un extrait de leur programme donné au Carnegie Hall cet automne, “Dans les pas de Bartók” – ne manquait que le pianiste András Schiff remplacé au pied levé par Dezsö Ránki –, c’est un vent de fraîcheur qui a soufflé lundi soir sur leurs interprétations de Schubert et Bartók.

Pour donner à ce dernier la juste dose de lyrisme et de folklore sans être maniériste, pour rendre justice à sa rythmique comme à son pas cadencé (Chansons paysannes hongroises) et, surtout, pour le rendre aussi lisible, il n’y a sans doute que ce chef et cet orchestre-ci. Lisible au point de déceler dans cette jungle musicale qu’est le Concerto pour piano n°2, la trame, les influences, les idéaux ou les obsessions – pour le plus grand bonheur de l’auditeur. Une disposition singulière de l’orchestre – les bois autour du chef, les cordes ensuite – lui a donné un relief inouï et fait naître sur scène une complicité chambriste exceptionnelle. Serein dans la plus diabolique technicité, le pianiste Dezsö Ránki a conquis avec panache une partition aux allures impraticables. Comme Iván Fischer l’a plongée dans une clarté saisissante, lui, a donné un sens au moindre son et fait parler même le silence. Ce monde exubérant et pittoresque, voire fantastique, a trouvé ici des interprètes redoutables qui ont unifié comme jamais la précision de son langage savant et la vitalité de son tempérament populaire.

C’est dans cette même lumière, crue, qu’Iván Fischer aborde Schubert. Dépouillé de ses attributs romantiques, replacé sur un terreau classique, Schubert retrouve une grâce et une simplicité enfantine. Une méticulosité extraordinaire révèle des rythmes, des liaisons, des dialogues, des pointes d’humour… qui se détachent de la masse orchestrale pour mieux prendre la parole. Avec finesse, candeur et un modèle d’ homogénéité stylistique, l’excellent Budapest Festival Orchestra épouse la vision d’Iván Fischer comme au millimètre. Allégée de la trop grande sériosité prêtée aux romantiques, cette interprétation est d’une formidable fluidité. Si son dépouillement peut nuire aux nombreuses répétitions qui développent parfois une raideur horlogère, elle fait preuve d’une acuité inouïe et génialement rafraîchissante.

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