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Salle Pleyel - Lundi 19 mars 2012, 20h

Dezső Ránki (piano), Iván Fischer (direction)

Bartók : Chants paysans hongrois, Concerto pour piano n° 2

Schubert : Symphonie n° 9 “La Grande”

En mars, c’est Byzance à Pleyel : après mon Chamber Orchestra of Europe (hiii) adoré, Leonidas Kavakos, l’Orchestre-bienaimé du Festival de Budapest (ci-après dénommé “le Bfz”) .

L’appétit est ouvert avec les Chants Paysans Hongrois : ce son de cordes, intense, chaleureux, coloré d’un petit quelque chose un peu vicelard (gniâk! gniâk! font les accents) m’ôte tout doute de l’esprit : tout pointe en faveur d’un concerto pour piano inoubliable : un soliste de très haut vol, accompagné d’un chef et d’un orchestre dans leur répertoire “maison”.

Quel “remplacement” de grand luxe en la personne de Dezső Ránki ! Il est tellement à l’aise, souverain, qu’on lui demanderait volontiers de nous jouer la partie soliste à l’envers. Les yeux bandés. Les bras ligotés derrière le dos. Comme les notes ne lui posent pas le moindre problème, il se contente de faire de la musique : dans le premier mouvement, il s’engage dans un grand galop nerveux et haletant, pourchassé par des vents belliqueux, qui grondent parfaitement de concert. Plaf! un éclair de cuivres venu mordre le mollet du pianiste. Celui-ci secoue d’un coup de pied l’importun avant d’accélérer, semant les bois qui aboient sournoisement avant de se remettre à comploter avec les cuivres.

Second mouvement, faussement apaisé – préapocalyptique, plutôt : le piano et les timbales marmonnent, jouant les oiseaux de mauvais augure, pendant que les cordes, angoissées, gémissent en arrière-plan. Pour le dernier mouvement, tout ce petit monde s’ébroue, gambade joyeusement – mais cette allégresse sonne un peu forcée – rions tant qu’on peut, les jours sont comptés (le concerto a été créé en Allemagne, le 23 janvier 1933, gloups).

Entracte. Dans cette salle Pleyel remplie avec parcimonie (le faible attrait des orchestres euh, c’est où déjà Budapest, en Roumanie ? (soupir)) Joël et moi profitons de l’offre pléthorique de replacement. J’opte pour l’arrière-scène : je crains l’effet soporifique de la “Grande” (la “Longuette”, l’ “Interminable” !), et vais rejoindre ma place de prédilection, au cœur de l’action, presque dans le pupitre de contrebasses.

Magnifique “Grande” certainement pas orthodoxe : le clarinettiste gershwinise avec entrain, les cordes tchaïkovskisent peut-être un brin trop pour du Schubert. C’est rigolo, sincère, irrésistiblement séduisant – il fallait bien une Grande aussi enjouée pour nous délester de notre anxiété postconcertotique.

Le public, peu nombreux, mais aussi bruyamment enthousiaste qu’une salle comble, réclame avec insistance du bis. Ivan Fischer, en français dans le texte (un petit subjonctif présent impeccablement conjugué en prime) s’enquiert de nos desiderata : Bartók ou Schubert ?

Hurlements et vociférations ! Bartók ! Schubert ! Les deux ! Bartók ! Schu-bert !

Impossible de trancher. Fischer propose un référendum à main levée. L’arrière-scène se prononce en faveur de Bartók, l’orchestre en faveur de Schubert. Les deux parties seront satisfaites, après un petit moment de flottement : un rapide coup d’œil du chef par-dessus un pupitre de cordes s’avère nécessaire pour s’assurer que tout l’orchestre est sur la même longueur d’ondes. Ce n’aurait pas été dénué de charme, un petit Barbert..

 

Une des marottes de chef que j’aime le plus chez Fischer est qu’il ne s’encombre pas des (lourdes) traditions qui régissent la disposition des instruments dans un orchestre. Le mur de contrebasses, au fond, derrière les cuivres, est devenu sa marque de fabrique. Pour jouer le concerto de Bartók, les cuivres et les vents sont disposés tout près du chef, en arc-de-cercle, pourquoi pas, surtout dans le premier mouvement du concerto, qui ne fait intervenir que les vents. Mais il est déjà plus surprenant de le voir maintenir cette configuration, avec quelques ajustements, pour jouer la symphonie de Schubert.

Mais cette disposition, associée au niveau superlatif des musiciens, fonctionne du tonnerre. Du balcon comme de l’arrière-scène, on perçoit distinctement les basses. On voit les vents communiquer, échanger des coups d’œils, de petits signes de tête, ce que leur permet désormais cette disposition en arc-de-cercle resserré. La cohésion des vents n’en est que renforcée, j’imagine. Les solos sont ainsi mis en avant, mais encore plus les tutti : le son des vents semble se fondre aisément dans celui des cordes qui les entourent. Celles-ci, même ligotées et pendues au plafond, joueraient de toute façon toujours aussi bien. Ce n’est pas un petit changement de disposition qui les perturberaient.

Et le désormais traditionnel petit schéma , et selon Iván Fischer:

http://www.klariscope.com/2012/03/orchestre-du-festival-de-budapest.html

klariscope.com