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Ivan FischerPhoto: Marco Borggreve

Ils sont venus ! C’était déjà en soi un miracle, eu égard aux conditions météorologiques et au fait que les musiciens se produisaient lundi soir à Washington. Ils sont venus et ils ont chanté ! L’Orchestre du Festival de Budapest, sous la direction d’Iván Fischer, nous a gratifiés d’un chant orthodoxe russe du XIXe siècle en guise de rappel, une initiative vocale déjà expérimentée à l’issue de concerts Brahms qui trouvaient écho dans des mélodies populaires du répertoire romantique allemand. Christophe Huss.

La chose n’est pas anodine, car le chant choral cultive l’écoute mutuelle et un esprit de corps. Il met l’accent sur la dynamique des enchaînements et sur la matière des pianissimos. Sans cette discipline il n’y aurait pas les nuances, les silences, la douceur infinitésimale des attaques dans l’ouverture du Freischütz de Weber. Avec cette musique burinée, ces cors exceptionnels (notamment leur première intervention, à la mezzanine), le concert démarrait de la meilleure manière.

D’emblée aussi, l’auditeur saisissait la pertinence des choix acoustiques d’Iván Fischer. Il ne connaît pas particulièrement la salle, mais il a trouvé les solutions pour la faire sonner en gommant ses irrégularités dans le rendu du spectre sonore — aigus brillants et graves mous. La principale idée rejoint celle de Yannick Nézet-Séguin : aligner les contrebasses au fond de la scène et créer un « centre de gravité » une sorte de « ventre sonore » (violoncelles, cors) au milieu de l’orchestre. Fischer est allé, dans Prokofiev, jusqu’à placer le tuba en plein milieu au fond de la scène, séparant en deux le groupe des contrebasses.

L’Orchestre du Festival de Budapest nous a livré le même niveau orchestral que lors de sa visite précédente : des cordes d’une rare flexibilité, des cors exceptionnels, des trompettes qui chantent et phrasent et un tandem clarinette-hautbois divin.

La 5e Symphonie de Prokofiev a été la démonstration espérée : précision, articulation, palette de nuances, instantanéité dans les changements de couleur. Iván Fischer garde les très gros forte en réserve pour des climax bien précis. Jamais l’orchestre ne se désunit. Cela dit, la 5e de Prokofiev n’est pas aussi inoubliable que la 2e de Rachmaninov. Les sarcasmes récurrents du 1er volet, très tenus, auraient pu fuser davantage (ils sont indiqués poco animato par le compositeur) donnant alors une impression de piaffer. Mais nous étions néanmoins à un très haut niveau.

Dans le 1er Concerto de Liszt, Iván Fischer et ses cordes ont marqué leur territoire avec originalité, dès le choix des coups d’archet des premières notes, donnant une allure très hargneuse. Marc-André Hamelin, dont la production sonore fut impressionnante, n’était pas en reste dans les risques pris sur le plan des phrasés. C’était un Liszt libre, y compris dans la méditation. Celle du 2e volet m’a paru outrée pour un quasi adagio. Et j’ai rapidement pris en grippe le joueur de triangle, beaucoup trop fort, avec des extinctions rugueuses et une note qu’il fallait aller chercher au milieu des harmoniques, la dominante sonore étant en dessous du scintillement requis. Mis à part cet irritant, l’exécution fut spectaculaire.

Les musiciens de Budapest sont évidemment les bienvenus lors de leur prochaine tournée.

http://www.ledevoir.com/culture/musique/463200/critique-concert-l-orchestre-qui-enchante