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Budapest Festival Orchestra

Le Budapest Festival Orchestra et Iván Fischer venaient nous réjouir avec un programme dont ils sont spécialistes : des musiques d’Europe centrale, savantes en même temps qu’indissociables des cultures traditionnelles. Au menu, des raretés de Bartók et un chef-d’oeuvre de Mahler.

Peu jouées, les Chansons paysannes hongroises ouvrent le programme. Il s’agit en fait d’un diptyque composé d’une ballade suivie d’une collection d’airs de danses traditionnels, juxtaposés et travaillés par une harmonie et un contrepoint typiques de Bartók. La ballade cependant, en forme de thème et variations, est la plus saisissante : le discours est serré, l’instrumentation habile, l’émotion à vif, tantôt âpre, tantôt lyrique.

Le Concerto qui suit, une oeuvre de jeunesse antérieure, est également un diptyque, en forme de portrait. Au premier mouvement, délicat et expressif, répond un final agité et capricieux, comme deux facettes d’une personnalité. Dès les premières notes, l’interprétation de Jószef Lendvay déçoit : la justesse des aigus, nombreux, est plus que discutable, et le jeu manque de finesse. Les phrases sont ânonnées, plates, sans aucun souffle lyrique. Le deuxième mouvement offre au soliste maintes occasions de démontrer sa grande maîtrise technique, mais là encore, ça ne prend pas, peut être aussi parce que ce mouvement est moins attachant que le premier, plus décousu voire parfois maladroit dans l’instrumentation. On en sort plus que dubitatif quant au choix du soliste.

C’était sans compter sur le bis qu’offrait au public Jószef Lendvay, une gesticulation virtuose et donc vaine, certes, mais dans laquelle le violoniste a déployé toute une palette sonore, un jeu raffiné et ludique proprement jubilatoire. D’où une interrogation légitime – et sans réponse : pourquoi attendre le bis ?

En conclusion, la Symphonie de Mahler se révélait un rien longuette, en raison notamment du choix du tempo du second mouvement, plus que modéré, qui porte pourtant l’indication « Stürmisch bewegt » (tourmenté, agité). Pour le reste, il est indéniable qu’Iván Fischer connaît son Mahler et nous livre une interprétation d’une grande tenue : le discours respire et s’embrase alternativement, les contrastes agogiques sont bien menés, et l’auditeur ne se perd jamais dans la densité du contrepoint, parce que le chef met toujours en avant et de façon fort intelligente un plan sonore en particulier. On en sort donc plus que ravi.

Mentionnons en outre un moment fort sympathique de la soirée, pendant lequel le cor solo, Zoltán SzÐke, est venu s’asseoir à côté du chef lors du Scherzo central, dans lequel sa partie est véritablement concertante. Le corniste, irréprochable, s’est présenté à nous avec toute la simplicité du musicien du rang, souriant à ses camarades, plaisantant avec le premier violon lors des pauses, vidant une à une ses pompes et ses coulisses d’accord … Un moment très « bonne franquette » en somme, qui a conquis l’auditoire !