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Változatok, koncert, szimfónia a Fesztiválzenekarral

Orchestre du Festival de Budapest - Ivan Fischer et Maria Joao Pires (Tribune de Genève SA, Sylvie Bonier)

A quoi reconnaît-on les vrais grands? A leur humilité. En ce domaine, Maria Joao Pires est immense. Parce qu’en plus de sa musicalité extrême et de sa technique royale, la pianiste se place toujours au service de la musique. Et des autres. Pour son apparition dans le somptueux 4e Concerto de Beethoven donné lundi soir au Victoria Hall, en compagnie de l’Orchestre du Festival de Budapest et du chef Ivan Fischer, la soliste, évidemment acclamée, a donné un bis. Rien de plus normal. Mais c’est partition sur le pupitre et lunettes sur le nez qu’elle est revenue accompagner la jeune soprano suisse programmée au début du

concert de Migros Classics. Du meine Seele de Schumann, déroulé discrètement sur un velours digital apaisant, a ouvert la voie de l’émotion au chant scolaire de Marysol Schalit. Car si la blonde Bâloise ne semble pas manquer de tempérament et d’une certaine confiance en elle, le récitatif et air A Berenice… sol, nascente K.70 de Mozart lancé en introduction n’avait pas soulevé plus d’émoi qu’un exercice de vocalise bien mené, sur une voix irrégulière dont les aigus de colorature oscillent entre exploit et tiraillement. La haute musique se conjuguait ailleurs. Dans les fastueuses cordes de l’orchestre du Festival de Budapest, déployées par Ivan Fischer avec une sensualité et une ivresse consommées. Son sens narratif a soulevé la 8e Symphonie de Dvoràk et la Valse de Takemitsu donnée en bis, avant une éclatante Danse hongroise de Brahms. Le galbé des lignes, le sculpté des formes et la subtilité des harmonies sont aussi la marque du chef, dont l’engagement est porté corps et âme par chaque pupitre. Mais pour la grâce instrumentale, c’est Maria Joao Pires qui détient la clé des secrets. Son piano à la fois respectueux et indépendant, perlé et assuré, volontaire et poétique, rappelle comme celui d’Alicia de la Rocha en son temps, que Beethoven est, sans conteste possible, l’as de coeur du grand jeu classique.

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