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Quasi-ambassadeur artistique et musical de la Hongrie et de la sa ville de résidence, l’Orchestre du Festival de Budapest parcourt volontiers la planète et c’est donc presque une habitude que de le retrouver Salle Pleyel aux mains de son chef fondateur Iván Fischer en cette fin d’octobre, à peine plus d’un an après son précédent concert en ces lieux. On ne s’en plaindra pas tant cette formation, par sa personnalité affirmée et ses qualités musicales, apporte la garantie d’un concert toujours intéressant (resmusica.com, Patrick Georges Montaigu)

L’ouverture du concert était consacrée à un hommage à Béla Bartók composé en 1945, juste après la mort du plus célèbre des compositeurs hongrois du XXème siècle, par son compatriote Sándor Veress dans le cadre d’une initiative de l’Etat hongrois visant à relancer la vie musicale au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Lui-même élève de Bartók et à son tour professeur à l’Académie Franz Liszt avant de partir pour la Suisse dont il prit la nationalité, il était bien placé pour composer cette Lamentation (en grec Threnos) in memoriam Béla Bartók. A l’écoute de cette pièce on imagine sans peine l’émotion suscitée au compositeur par la disparition de son grand aîné tant elle est palpable au cours de ces quinze minutes de musique dense et intense, tout en étant pudique, sans une once de vulgarité. L’orchestre et son chef nous offrirent une interprétation qui sembla marquée par le sceau de l’évidence et du naturel, nous convaincant instantanément de la qualité de cet hommage.

Ensuite nous retrouvions dans le Concerto pour piano et orchestre n°4 de Beethoven une pianiste qui l’a toujours réussi en concert à chaque fois que nous avons eu la chance de l’y entendre, malgré ou avec des chefs forts différents, Maria João Pires. Sa prestation de ce soir, à peine moins fluide dans l’Allegro moderato que dans ses meilleurs soirs, retrouva sa grâce et sa simplicité naturelle dans l’Andante con moto dont elle réussit toujours impeccablement le molto cantabile. Le tempo fort retenu de ce mouvement central où le sempre staccato de l’orchestre ne rompit jamais le discours (contrairement à bien d’autres interprétations) permit au dialogue entre la soliste et l’orchestre de se développer sur la base d’un parfait équilibre et d’une écoute mutuelle permanente, qui se poursuivit dans le joyeux Rondo vivace conclusif. La pianiste céda sous les multiples rappels d’un public qui ne voulait pas la lâcher si vite, avec un Impromptu en la bémol majeur D.935 n°2 de Schubert aux forts accents beethovéniens.

Même si Antonín Dvořák était tchèque et les interprètes de ce soir hongrois, il nous a semblé évident que l’orchestre de Budapest et Iván Fischer étaient en parfaite affinité tout au long d’une Symphonie n°8 en sol majeur qu’ils dévorèrent à pleines dents avec une gourmandise et un enthousiasme qui sautaient aux oreilles, et aux yeux d’ailleurs. La direction constamment vivante et souple du chef, donna à chaque mouvement sa personnalité sans jamais rompre la cohérence du tout, malgré des différences assez franches de tempo et d’intensité dynamique que l’orchestre aux cinquante cordes, dont les six contrebasses placées derrière l’orchestre, sut exécuter avec panache et précision. A l’évidence cette formation respire cette musique et suit comme un seul homme la baguette directive, en même temps qu’économe de gesticulation, de son chef. Elle s’est même permis, à la surprise générale, d’ajouter en chœur un « Ah » au sommet d’un accord, chose que nous n’avions jamais entendu jusqu’ici. Était-ce une tradition locale ? On ne distinguera pas dans la réussite globale les quatre mouvements de la symphonie, à la ligne constamment maitrisée et toujours lisible, à la poésie discrète autant que lumineuse, à la puissance évocatrice constante, composant une interprétation captivante et personnelle.

Applaudis avec enthousiasme, les musiciens se lancèrent dans deux bis. « Nous avons préparés pour vous une valse de Tōru Takemitsu » annonça le chef, dont on ne peut que saluer le respect du public, puis, Hongrie oblige, la soirée se conclut par une Danse hongroise de Brahms, jouée avec un tel esprit pétillant et virevoltant qu’on en redemande, de quoi se réconcilier avec ces œuvres rabâchées trop souvent gâchées.