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Beethovenfest III - Iván Fischer revisite ses classiques!

Pour ses débuts au festival Beethovenfest, le Budapest Festival Orchestra aura, comme toujours, déchaîné l’enthousiasme d’un public pourtant blasé par la venue des grands orchestres mondiaux.

On l’a souvent noté dans ces colonnes, cette phalange est certainement l’une des plus extraordinaires du moment! Si le fini instrumental n’est jamais pris en défaut, la sonorité de l’ensemble est l’une des plus belles au monde. Le timbre de cet orchestre est: fruité, frais, soyeux et d’une séduction rare à l’oreille. À la tête d’un tel ensemble, Iván Fischer peut, comme Karajan en son temps, jouer de l’orchestre et se permettre toutes les fluctuations dans le tempo et les dynamiques, sans oublier la mise en avant de certains détails. Mais ce qui pourrait virer aux tics de chef minaudant avec certains de ses confrères est marqué ici du sceau de l’évidence et du bonheur d’être sur scène. À l’inverse d’un Gergiev, mahlérien agité ou de Zinman et Nott, mahlériens analytiques et distancés, Fischer pourrait paraître comme un interprète de Mahler jouissif! Le chef fait de la musique, met en avant les radicalités de la partition, mais il n’en perd jamais l’élan et le sens des tensions. Sa lecture Symphonie n°1 de Mahler est évidemment un grand moment!

La musicalité de Fischer le conduit à s’attacher aux moindres détails de l’accompagnement orchestral de la Danse macabre de Liszt où l’orchestre, à l’exception d’une fin démoniaque, occupe un rôle assez secondaire. Les traits instrumentaux sont ciselés et les thèmes sardoniques dansent et virevoltent. Moins connu dans les pays francophones que d’autres faux espoirs du piano (en particulier la division 2 française: Bertrand Chamayou, Jonathan Gilad ou Lise de La Salle), Dejan Lazic est un virtuose exceptionnel. Sa technique est affutée, mais le musicien sait éviter le piège de la virtuosité gratuite et pesante dans cette partition de parade! Le toucher met bien en avant les variations qui sont creusées par un dosage parfait des dynamiques. La brièveté de la pièce est complétée par un bis: une petite sonate de Scarlatti. En introduction de concert, Fischer et ses troupes avaient affronté le Prélude à l’unisson d’Enescu, pièce taillée sur mesure pour l’homogénéité des cordes hongroises.

En dépit du triomphe de l’ovation qui récompense une telle performance, chef et orchestre prennent congé du public sans accorder de bis.

Pierre-Jean Tribot, ResMusica