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Dvořák, Antonin

La Salle Pleyel accueille le Budapest Festival Orchestra sous la direction du chef Ivan Fischer pour un programme riche en raretés, mélangeant pompe et solennité autour du Concerto pour piano n° 4 de Beethoven interprété par la toujours sensible Maria Joao Pires (classiquenews.com, Sabino Pena Arcia)

Le concert débute avec le Threnos in memoriam Bela Bartok (1945) du compositeur méconnu Sandor Varess, suisse d’origine hongroise. Elève de Bela Bartok et de Zoltan Kodaly, il deviendra plus tard le professeur de Gyorgy Ligeti et de Gyorgy Kurtag, entre autres. La thrène est en fait une musique de deuil de la Grèce antique. Dans ce sens, nous comprenons le choix d’un tempo ralenti de la part du chef. La composition requérant un orchestre à très grand effectif ne paraît pourtant jamais étouffée. Sous la baguette de Fischer, les musiciens font preuve d’une tension et d’une complicité frappante, notamment dans les passages de contrepoint déguisé. Les cordes immaculées s’accordent magistralement aux cuivres cinématographiques. Le hautbois et la flûte se partagent un thème lyrique d’allure folklorique, accompagnés par les percussions très présentes dans la partition. L’influence de Bartok est évidente mais aussi celle du Ravel orchestrateur. L’œuvre rare et puissante prépare parfaitement au confondant Concerto de Beethoven qui suit.

Composé entre 1804 et 1805, le Concerto pour piano et orchestre n°4 en sol majeur de Ludwig van Beethoven est solaire mais mondain, très originel mais aussi déséquilibré. Comme c’est le cas pour les concerti de Chopin, c’est la beauté de l’écriture pianistique surtout qui captive l’intérêt. L’allegro moderato initial voit les cordes de l’orchestre, plutôt transparentes mais pleines de caractère, se soumettre à la dictature du piano solo. Le jeux de la fabuleuse Maria Joao Pires est d’un tel charme et d’une telle musicalité que nous oublions presque le relief trop dominant du piano dans la partition. L’andante con moto qui suit est plutôt sombre. Encore une fois les cordes sont puissantes et l’orchestre entier a une précision incroyable. La pianiste joue avec une grande sensibilité, mais le faux dialogue entre le piano solo et l’orchestre est malheureusement grossier, comme le caractère du compositeur selon les clichés. Le rondo vivace final est un peu plus réussi, l’immense délicatesse de Maria Joao Pires apaisant l’aspect bastringue de la composition. L’effet sur l’auditoire est pourtant indéniable, il récompense les artistes avec de généreuses louanges. Maria Joao Pires offre par conséquent un Impromptu de Schubert en bis, aussi très long et généreux, où elle rayonne par son unique mélange de science et de sensibilité.

La Symphonie n° 8 en sol majeur d’Antonin Dvorak clôt le concert. Composé en 1889, elle montre l’influence de Brahms, ami et protecteur du compositeur tchèque. L’œuvre à l’optimisme confondant mélange un certain aspect folklorique avec une orchestration vaste et une science qui rappelle aussi Mahler, non sans montrer aussi l’énorme respect du compositeur envers Haydn. L’allegro con brio initial a une abondance d’idées qui se réalise presque au détriment de l’expérience. Le Budapest Festival Orchestre interprète certainement avec beaucoup de brio les nombreux changements d’atmosphères du mouvement. L’adagio suivant est très ouvertement bohémien et c’est l’occasion pour les vents de s’épanouir, comme aussi le violon solo d’une beauté exquise. L’allegretto grazioso est un scherzo un peu nostalgique, mais avec une mélodie dansante tout à fait délicieuse. D’une fraîcheur populaire et de caractère automnal, c’est le mouvement le plus équilibré. L’allegro ma non troppo final voit une flûte virtuose et des cuivres fantastiques. Dans ce final, nous passons de la candeur initial à un brio déconcertant, puis à une ambiance martiale pour ensuite rentrer dans une intimité chambriste. Un beau lyrisme suivi d’un brouhaha, qui n’exclut pas les rires sonores des musiciens. Le Budapest Festival Orchestra s’amuse et s’éclate ; il fait un excellent travail dans son interprétation de la symphonie peut-être trop démonstrative. Encore une fois le public est dans l’extase : il baigne la salle de bravos. L’orchestre offre ensuite deux bis, une Valse issue d’une bande originale du compositeur Toru Takemitsu, sérieuse et savoureuse à la fois, et une Danse hongroise, pompeuse, de Brahms.

Saluons l’enthousiasme des musiciens, leur volonté de faire découvrir des pièces méconnues. Espérons que d’autres orchestres s’inspireront de cela et décideront de présenter d’autres symphonies de Dvorak à part la neuvième, ainsi que les bijoux secrets du 20e siècle.